48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

Publié le 

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

La « globe-trotteuse » Alice Roman s'offre 48 heures de villégiature à Dublin et nous livre son parcours, dans les bras du poète John Keats et du chanteur Phil Lynott.

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

Sous les vitraux d'Harry Clarke

Vendredi, 11 heures – Dehors, le soleil a déchiré les nuages et illumine les façades humides. À la galerie d'art Hugh Lane, les rayons traversent les vitraux d'Harry Clarke, fondateur du musée dans les années 1900, et baignent les visiteurs de chaudes lueurs colorées qui me font penser au poème de John Keats, La Veille de la Sainte Agnès. Comme dans les vers de Keats, la haute fenêtre dépose « une rose lueur » sur mes mains et, sur mes cheveux, « une auréole comme une sainte ». C'est ça, l'effet de la lumière d'Irlande. La galerie, l'une des toutes premières au monde dans le domaine de l'art contemporain, possède une incroyable collection d'œuvres de Francis Bacon. De plus, la visite est gratuite !

Dublin City Gallery The Hugh Lane
Quartier de Rotunda
Charelmont House
Parnell Square North
Dublin 1

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

L'Irlande rebelle sur O'Connell Street

Vendredi, 12h30 – Je m'octroie une petite marche à travers la ville pour me rendre à mon déjeuner, deux kilomètres plus loin. Je descends O'Connell Street Upper, la plus grande avenue de Dublin et m'arrête devant l'emblématique, néo-classique et très imposant édifice de la General Post Office. Depuis sa construction en 1814, il est le siège de la poste nationale irlandaise. Plus qu'une simple administration, la poste centrale est surtout un symbole historique fort de la capitale, car elle joua un rôle majeur dans la fameuse insurrection de Pâques en 1916 (révolte irlandaise contre l'occupant britannique). En souvenir de l'événement, une statue de Cúchulainn, héros de la mythologie celtique irlandaise, se dresse devant la bâtisse. Puis je reprends ma promenade et franchis le fameux O'Connell Bridge en direction de Poolbeg Street, adresse de mon lunch.

General Post Office
O'Connell Street Lower
North City
Dublin 1

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

Plats de saison à la Vintage Kitchen

Vendredi, 13 heures – Je pénètre dans la modeste Vintage Kitchen et son décor de bric et de broc. Malgré la proximité du Trinity College, je ne vois aucun étudiant attablé. C'est le soir qu'ils se succèdent sans fin dans cette salle de 20 couverts. La clientèle, décontractée, s'apostrophe de table en table. Sur le vieux tourne-disque, quelques vinyles grésillent et me renvoient à mon adolescence. Je m'offre en entrée une petite soupe de fruits de mer, puis une tendre poitrine d'agneau, légèrement sucrée par une sauce à la mélasse, accompagnée de lentilles, de pancetta, de petits légumes rôtis et des incontournables pommes de terre sautées.

The Vintage Kitchen
7 Poolbeg Street
Dublin 2

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

Sur le campus de Trinity College

Vendredi, 14h30 – Le campus du Trinity College, libre d'accès, me tend les bras. J'arpente la prodigieuse Old Library et sa Long Room qui, sur deux étages de boiseries impeccablement cirées, recèle d'innombrables trésors. Ici se trouve le « Livre de Kells », l'un des plus somptueux manuscrits enluminés du Moyen-Âge, qui remonterait à l'an 800, réalisé au monastère de Iona, île au large de l'Écosse. Je refuse poliment de participer à un atelier d'enluminure, m'achète un mug à la boutique de la bibliothèque et, en rebelle, quitte les lieux : les femmes n'y furent admises qu'en 1904 !

Trinity College
College Green
Dublin 2

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

Balade sur un air de Thin Lizzy

Vendredi, 17 heures – J'arpente la très populaire et commerçante Grafton Street : Louis Vuitton, Calvin Klein tout comme de nombreux fast-foods l'occupent, ainsi que, bien sûr, d'innombrables pubs aux peintures pimpantes. Je délaisse la statue de la plantureuse vendeuse de poisson Molly Malone pour m'offrir un petit détour par Harry Street et me recueillir sur celle en bronze de Phil Lynott, chanteur et bassiste irlandais du groupe Thin Lizzy, décédé en 1986. « Wack fall the daddy-o » : c'est avec l'air de Whiskey in the Jar (« Y a du whiskey dans la cruche ») que je parcours ce quartier de Temple Bar qui compte nombre de centres culturels. La pluie a refait son apparition. Je décide donc de me mettre à l'abri et pousse jusqu'au Meeting House Square pour visionner un film d'auteur en version originale au lrish Film Institute.

Phil Lynott Statue
Harry Street
Dublin Southside

lrish Film Institute
6 Eustace Street
Dublin 2

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

Guinness Pie au bar du Schoolhouse Hotel

Vendredi, 21 heures – Après une petite balade vers Ballsbridge, je savoure un Beef & Guinness Pie au bar de l'hôtel Schoolhouse. C'est, tout simplement, une tourte à la viande et oignons, parfumée de Guinness, de thym, de sucre, de zeste d'oranges… puis enduite de jaune d'œuf. La nuit qui s'avance est plus douce. Bien au chaud, face à la cheminée, je me détends dans un profond fauteuil, bercée par des ballades irlandaises. Alanguie, je revendique, comme le poète John Keats, la primauté de la sensation (Ode on Melancholy). Il est temps de monter dans ma chambre et de me coucher dans un lit Super King Size où je pourrai faire l'étoile.

Schoolhouse Hotel
Quartier de Grand Canal Dock
2-8 Northumberland Road
Dublin 4

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

Gulliver à la cathédrale Saint Patrick

Samedi, 10 heures – Après avoir emprunté un DublinBike (vélo à louer en libre-service), me voici face à une épitaphe : « Ici repose la dépouille de Jonathan Swift, D.D., doyen de cette cathédrale, qui désormais n'aura plus le cœur déchiré par l'indignation farouche. Va ton chemin, voyageur, et imite, si tu le peux, l'homme qui défendit la liberté envers et contre tout. » C'est que Les Voyages de Gulliver, conte philosophique, a été censuré et modifié sous la vindicte de la reine Anne. Je quitte le transept nord de la cathédrale pour profiter de la beauté de sa nef centrale, de ses vitraux et de son architecture gothique du XIIIe siècle qui tranche avec l'austérité de sa façade de granit gris.

St. Patrick's Cathedral
St. Patrick's Close
Dublin 8

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

Terrine de boudin noir et Yeats dans un bistro littéraire

Samedi, 14 heures – La prose vindicative de Swift m'a donné des ailes. Ici, c'est avec le poète et dramaturge William Butler Yeats (1865-1939) que je déjeune. « Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel, / Brodé de lumière d'or et de reflets d'argent, / Le mystérieux secret, le secret éternel, / De la nuit et du jour, de la vie et du temps, / Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds. / Mais tu sais, je suis pauvre, et je n'ai que mes rêves, / J'ai déposé mes rêves sous tes pieds, / Marche doucement, car tu marches sur mes rêves (He wishes for the Cloths of Heaven) »… Cela vaut bien un prix Nobel de littérature (1923). Je repose le livre sur une étagère encombrée et m'attaque à une bonne cuisine rustique : une magnifique terrine de boudin noir que j'étale sur du pain maison.

The Winding Stair
40 Lower Ormond Quay
Dublin 1

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

La nature irlandaise au St. Stephen's Green

Samedi, 16 heures – Bon, ce n'est pas encore cette fois-ci que je visiterai le James Joyce Centre (je n'ai pas encore réussi à terminer Ulysse), ni même le Dublin Writers Museum. Assez de littérature pour aujourd'hui ! Je retraverse le fleuve pour me nourrir de la vue des familles irlandaises arpentant le très populaire parc victorien St. Stephen's Green. En pleine ville, la beauté de la nature irlandaise s'y déploie. « Beauty is truth, truth beauty, – that is all ye know on earth and all ye need to know » (« Beauté est vérité, et vérité est beauté. Voilà tout ce que l'on sait sur terre et tout ce qu'il faut savoir »), écrit John Keats que je respire, ici, à pleins poumons.

St. Stephen's Green
Dublin 2

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

48 heures chrono à Dublin : sur un Eire de liberté

John Keats en ambiance pub

Samedi, 21 heures – C'est une belle ambiance de pub qui prévaut dans la salle commune de ma pension de luxe. Je disserte au sujet de l'épitaphe gravée sur la stèle de John Keats, au cimetière non-catholique de Rome (il y sera rejoint par Shelley) : « Here lies one whose name was writ in water » (littéralement : « Ici repose celui dont le nom était gravé dans l'eau »). Mais il est déjà temps d'aller au lit. Demain matin, je me lève tôt pour prendre un taxi jusqu'à l'aéroport. Une fois regagné mes pénates, je ne regarderai plus la pluie comme avant et, pendant longtemps encore, je me souviendrai de Dublin… ainsi que des mots de Swift et de Keats…